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À Marseille, Undergroove fait bouger la ville autrement

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« Il nous faut des espaces, il faut qu’on soit dans les programmations. Les danseur·euses hip-hop ne sont pas les mêmes que celleux de la scène contemporaine, et on a besoin d’exister, d’être visibles », s’exclame Bérénice, fondatrice du collectif Undergroove.

À Marseille, la danse hip-hop est omniprésente dans les studios, les battles et dans la rue, mais reste encore largement absente des scènes institutionnelles et des programmations subventionnées.

Ces espaces restent majoritairement dédiés à la danse contemporaine et aux formes chorégraphiques actuelles. La ville compte notamment des institutions comme le Ballet national de Marseille, dirigé par (LA)HORDE, ou encore des lieux comme le Festival de Marseille, Friche la Belle de Mai et La Criée, qui programment surtout des artistes issu·es de la création contemporaine et des formes hybrides entre danse, performance et théâtre.

C’est dans ce contexte que Bérénice crée Undergroove il y a trois ans. Un collectif qui dépasse la seule pratique de la danse pour ouvrir des espaces de circulation entre les styles, les scènes et les publics. Hip-hop, house, waacking : ici, les disciplines dialoguent et s’entremêlent. « Le hip-hop, ce n’est pas juste de la danse, c’est aussi la musique, la politique, la vie en communauté… Et ce qu’on essaie de faire, c’est de le faire rayonner dans sa globalité », explique Bérénice.

Entre battles, workshops et événements clubbing, le collectif investit des espaces non dédiés et fabrique des moments où la danse retrouve sa dimension sociale et collective. Dans une ville où les scènes institutionnelles restent largement dominées par la danse contemporaine, Undergroove défend une autre lecture du mouvement : plus brute, plus collective et plus incarnée.

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Comment Undergroove s’est-il construit au départ ?

Bérénice : Au début, c’était très instinctif. J’avais envie d’organiser des événements autour de la danse : des battles, des workshops, des moments de rencontre. Et en avançant, j’ai compris que l’enjeu principal n’était pas seulement de faire des événements, mais de créer des connexions entre les gens et entre les pratiques. À Marseille, la scène est petite, tout le monde se connaît, mais les styles et les espaces restent souvent séparés. Undergroove est né de cette envie de relier ce qui existe déjà, mais qui ne dialogue pas forcément.

Qu’est-ce qui te manquait dans la scène marseillaise ?

Bérénice : Il y a beaucoup de danse à Marseille, mais tout est assez cloisonné. Les trainings, les cyphers et les battles existent, mais chacun reste dans son cadre. On s’entraîne énormément, mais on montre peu ce qu’on fait, alors que c’est une culture visuelle, et donc faite pour être partagée. Et il y a aussi un manque de curiosité entre les styles. Le hip-hop peut résonner avec le waacking, le house ou le funk style, et ce n’est pas toujours encouragé.


Comment tes premiers événements ont-ils posé les bases du projet ?

Bérénice : Mon premier événement s’est déroulé au Coco Velten, un lieu associatif. L’idée était de mélanger les publics : danseur·euses, habitant·es du quartier, personnes migrantes. J’avais organisé un battle 100 % féminin, avec aussi une catégorie en duo homme-femme. J’avais un peu d’appréhension, mais finalement c’était complet. Ce moment m’a vraiment montré qu’il y avait une demande, et surtout une énergie collective très forte quand les espaces se connectent entre eux.


Aujourd’hui, quel est le principal obstacle pour la scène hip-hop ?

Bérénice : Le manque de place, clairement. Pas seulement des lieux physiques, mais aussi une absence de reconnaissance dans les programmations. On nous invite parfois parce que ça fonctionne, parce que les événements attirent du monde… mais ensuite, on disparaît des programmations. Et ça crée une forme d’invisibilisation : on existe sur le terrain, mais pas dans les structures.


Tu parles aussi d’un malentendu autour du hip-hop. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Bérénice : Le hip-hop est souvent réduit à une seule image, celle du breaking ou des battles. Alors qu’en réalité, c’est une culture beaucoup plus large, avec plusieurs danses, plusieurs histoires, plusieurs esthétiques. Il y a un vrai manque de compréhension de ce qu’est le hip-hop. Et du coup, il est souvent moins considéré que d’autres formes de danse. À l’inverse, certains styles comme le waacking ou le ballroom peuvent être davantage mis en avant, mais parfois pour leur côté plus spectaculaire, sans forcément en comprendre la profondeur. Undergroove est aussi là pour éduquer les gens à la culture et à l’histoire de la danse.


Qu’est-ce que tu défends à travers Undergroove aujourd’hui ?

Bérénice : Je défends une manière de faire qui ne cherche pas à rentrer dans des cases. On ne s’adapte pas à ce qu’on attend de nous : on fait ce qui nous semble juste, même si ça implique de prendre des risques. Undergroove s’inscrit dans cette énergie-là, très directe, très libre. Une énergie résolument marseillaise.


ENGLISH

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“I wish we had more spaces, I wish we were part of the [wider cultural] programming. Hip-hop dancers aren’t the same as those in the contemporary scene, and we need to exist, to be seen,” says Bérénice, founder of the collective Undergroove.

In Marseille, hip-hop dance is everywhere -  in studios, battles and on the streets - yet it is still largely missing from institutional stages and publicly funded cultural programming.

These spaces remain mostly dedicated to contemporary dance and current choreographic work. The city is home to institutions such as the Ballet national de Marseille, led by (LA)HORDE, as well as venues like the Festival de Marseille, Friche la Belle de Mai and La Criée, which mainly showcase contemporary artists and hybrid forms between dance, performance and theatre.

It is within this context that Bérénice founded Undergroove three years ago. A collective that goes beyond dance practice alone, creating spaces where styles, scenes and audiences can circulate and meet. Hip-hop, house, waacking: here, the disciplines speak to each other and blend together. “Hip-hop isn’t just dance - it’s music, politics, community life… And what we’re trying to do is let it shine in its full scope,” she explains.

Through battles, workshops and club events, the collective takes over non-dedicated spaces and creates moments where dance regains its social and collective dimension. In a city where institutional stages remain largely dominated by contemporary dance, Undergroove offers another way of looking at movement: rawer, more collective, and more grounded in lived experience.

How did Undergroove first come together?

Bérénice: At the beginning, it was very instinctive. I wanted to organise dance events: battles, workshops, moments of exchange. But over time, I realised the main goal wasn’t just to put on events, but to create connections - between people and between practices. In Marseille, the scene is small, everyone knows each other, but styles and spaces are often separated. Undergroove was born from this desire to connect things that already exist, but don’t necessarily interact.

What was missing in the Marseille scene?

B: There is a lot of dance in Marseille, but everything is quite compartmentalised. Trainings, cyphers, and battles exist, but each stays within its own framework. We train a lot, but we don’t show much of what we do, even though it’s a visual culture meant to be shared. There is also a lack of curiosity between styles. Hip-hop can resonate with waacking, house, or funk style, but this is not always encouraged.


How did your first events lay the foundations of the project?

B: My first event took place at Coco Velten, a community space. The idea was to bring together different audiences: dancers, local residents, and migrant communities. I organised an all-female battle, with also a mixed male-female duo category. I was a bit nervous, but it ended up being fully booked. That moment really showed me there was a demand, and above all a very strong collective energy when spaces are brought together.

Today, what is the main challenge for the hip-hop scene?

B: Lack of space, clearly. Not just physical venues, but also a lack of recognition in programming. Sometimes we are invited because it works, because the events attract people… but then we disappear from the programmes. And that creates a form of invisibility: we exist on the ground, but not within institutions.

You also talk about a misunderstanding around hip-hop. What do you mean?

B: Hip-hop is often reduced to a single image - breaking or battles. But in reality, it’s a much broader culture, with multiple dances, histories, and aesthetics. There is a real lack of understanding of what hip-hop actually is. As a result, it is often valued less than other dance forms. On the other hand, styles like waacking or ballroom are sometimes given more visibility, but often for their more spectacular aspect, without necessarily understanding their depth. Undergroove is also about educating people on dance culture and history.

What does Undergroove stand for ?

B: A way of doing things that doesn’t try to fit into boxes. We don’t adapt to what is expected of us - we do what feels right, even if it means taking risks. Undergroove carries this energy: direct, free, and unapologetic. A distinctly Marseille energy.