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Comment la scène queer de Marseille s’organise pour protéger ce qu’elle a construit.
English version below
« J’ai vécu dans plusieurs endroits à travers la France, mais ce qui m’a vraiment frappé ici, c’est qu’à Marseille, il y a des personnes queer partout ! » raconte Cix, du collectif Tarpin Gouine.
Ce collectif de gouines, comme iels le définissent elleux-mêmes, est le projet de Cix et Morgan. Iels parlent encore avec la voix éraillée après avoir passé la veille à organiser la plus grande Dyke March (littéralement « Marche gouine ») jamais vue dans la ville, rassemblant plus de 10 000 personnes dans les rues, sur des chars, des motos et à pied.
C’est un exemple parmi d’autres de la manière dont Marseille, deuxième ville de France, est traversée par cette énergie résolument queer. Mais une queerness qui se manifeste surtout à travers les personnes, les dynamiques et les événements, plutôt que dans des lieux dédiés. D’où l’importance cruciale des rares espaces existants pour la communauté.
Tommy, lui, travaille au Centre LGBTQIA+ . Il est doctorant et a quitté la Bretagne pour s’installer à Marseille. Afin d’y retrouver une communauté, son premier réflexe a été de s’engager dans un lieu queer… sauf qu’il n’y en avait pas. « J’ai vraiment été déçu », explique-t-il.
Malgré la taille de la ville, Marseille ne disposait pas de centre culturel et communautaire LGBTQIA+ soutenu par l’État, un type d’initiative pourtant assez courant en France, où plus de vingt centres existent déjà. C’est en décembre 2023, après des années de mobilisations du milieu queer local, que le Centre LGBTQIA+ de Marseille a finalement ouvert ses portes près du Vieux-Port, au cœur de la ville.
Désormais, le centre est un véritable lieu de vie pour la communauté. Il a notamment servi de point de ralliement lors de la Dyke March du 26 avril dernier. Pour Tarpin Gouine, c’est aussi un espace où organiser des rencontres, préparer des événements et des levées de fonds. Dans une ville en constante mutation, et alors que le contexte politique national se tend à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, cet espace demeure fragile et doit être défendu pour perdurer. Ce qui explique la collaboration étroite et l’activisme des communautés queer locales.
Concrètement, que fait le Centre LGBTQIA+ de Marseille ?
Tommy : Le centre est composé de trois espaces. Ici, on est dans le bar, où ont lieu des expositions, des shows drag, des comedy clubs queer, des ateliers d’écriture et des cours.
On a aussi un espace social dédié à l’accompagnement : des travailleur·euses social·es y reçoivent des personnes en situation de précarité. Là-bas, il y a des douches, une friperie gratuite pour les personnes dans le besoin, un espace où déposer ses affaires en sécurité, et nous y proposons également de la nourriture ainsi qu’un hébergement d’urgence.
Enfin, il y a le local, avec des bureaux et une bibliothèque. Nous mettons aussi cet espace à disposition d’associations pour leurs réunions et ateliers.
C’est quoi Tarpin Gouine ?
Cix : « Tarpin », à Marseille, ça veut dire « super », « beaucoup »… et « gouine », c’est gouine ! Donc ça veut dire : « super gouine ».
On a vocation à organiser des événements de financement - des talks, des soirées - pour des collectifs queer marseillais, notamment pour soutenir leur présence dans les marches. Le prochain événement qu’on organise est pour un collectif queer noir qui prépare la Black Pride, et on organise aussi une soirée pour Hoochie, un collectif de TDS et de strip-teaseuses.
Comment le collectif TG est-il né ?
Cix : On est allé·es à l’ouverture d’une bibliothèque d’archives lesbiennes, mais le lieu était minuscule. À l’extérieur, il y avait énormément de monde. On s’est regardé·es, et on s’est dit qu’il fallait qu’on organise des événements.
Pourquoi Marseille a mis autant de temps à avoir un Centre LGBTQIA+ ?
Tommy : C’était compliqué d’obtenir un soutien institutionnel. Il y a eu quelques tentatives, mais toujours à petite échelle. Ce n’était pas une priorité.
Ici, il existe déjà beaucoup d’associations qui travaillent autour des enjeux de santé des personnes queer. Donc les institutions considéraient que les besoins étaient suffisamment couverts. Mais il manque tout le reste, qui est aussi essentiel : le lien social, la culture, l’histoire.
Ce que nous faisons coûte cher, et l’ancienne municipalité ne souhaitait pas investir. La situation a changé en 2022 avec une nouvelle équipe municipale. Grâce à leur soutien, celui de l’État et de nombreux·euses autres acteur·ices, nous avons réussi à ouvrir le centre en 2023 !
Marseille dispose désormais d’un Centre LGBTQIA+, et vous venez d’organiser la plus grande Dyke March de l’histoire de la ville. Pensez-vous que la Cité phocéenne est en train de vivre un moment historique pour la communauté queer ?
Cix : Oui, c’est un moment très important. Cette marche, nous y tenions énormément.
Le centre est financé à moitié par l’État et à moitié par la ville. Comment vous projetez-vous à un an des élections présidentielles ?
Tommy : Honnêtement, c’est assez inquiétant. On est obligé·es de penser à des financements extérieurs, comme des partenariats privés par exemple… Mais surtout, on restera mobilisé·es politiquement. S’il y a un changement défavorable, il y aura toujours des bénévoles : nous sommes plus de 300. Et on sait qu’on peut compter sur notre communauté.
Une chose est sûre : le centre a été difficile à ouvrir, mais maintenant qu’on est là, il est hors de question qu’on disparaisse.
Tout ce qu’on a construit en deux ans et demi montre bien que le besoin est immense, pour les personnes queer, mais aussi pour celles qui n’ont pas de logement. Même sans lieu physique, nos idées existent. Et ça, personne ne peut nous l’enlever.
Et comment voyez-vous la prochaine étape ?
Cix : Ouvrir plus de lieux safes et inclusifs à travers la ville ! Tous nos événements sont queer et allié·es : l’essentiel pour nous, c’est que les gens puissent être ensemble.
ENGLISH
How Marseille’s Flourishing Queer Community Stands Together to Protect The Scene It Fought For
Tarpine Gouin and Centre LGBTQIA+ emerged out of an urgent need to ensure Marseille’s queer groups had safe spaces.
“I’ve lived in a few places in France, but what really surprised me is that in Marseille there are queer people everywhere,” says Cix from Tarpin Gouin.
Tarpine Gouin is a dyke collective formed by Cix and Morgan — the two speak with hoarse voices as they had just spent the day before organising the city’s largest ever dyke march on record, which brought over 1000 dykes to the streets on floats, motorbikes and on foot.
It’s just one example of how France’s second city is infused with a distinctly queer character - yet it's a queerness that is manifested in energy, people and activity rather than across physical spaces. Which is why the few dedicated spots for the city’s queer groups are so important for its queer community.
A volunteer of the Centre LGBTQIA+, Tommy is a PhD researcher who moved to Marseille from the north west of France, whose first point of call to find his community was to volunteer in a dedicated queer space. But the problem is that the city didn’t have one: “I was really disappointed,” he said.
Despite the size of Marseille, it lacked a state-backed cultural and community centre - which is a fairly common feature across French cities, where over 20 centres were already established across the country. In December 2023, after tireless lobbying by the queer community in the city, Marseille’s LGBTQIA+ centre was finally opened by the old port, in the city centre.
It is now a place of community, and was a point of convergence for the Dyke March, used by Tarpine Gouin to set meets and plan events and fundraisers. Yet in a city that’s fast changing and with elections looming, this cherished space has to be constantly protected in order to thrive, which is why the queer communities of the city are tireless in their collaboration, organisation and activism.
What does the LGBTQIA+ Centre in Marseille do?
Tommy: The centre has three spaces — we are now in the bar, where we hold exhibitions, drag shows, queer comedy clubs, writing workshops and teaching classes.
We also have a social centre, which is where we do orientations, that’s where social workers can accompany precarious members of our community. We have a shower, thrift shop that’s free for those with needs. We have a luggage room, a shower, and provide food and shelter for those in emergency situations.
The third space is the locale, a place where we have offices and library, and we also give that space to collective and associations who need meetings and workshops.
Tarpin Gouin is one of those collectives that use the centre. What defines your collective?
Cix: Tarpin means “super” in Marseille, like “super good!”. Gouine means dyke. Super dyke. We do funding events - arm wrestling, conferences, parties - for queer collectives and associations in Marseille, we do it to get floats at queer marches. The next event we are doing is for a Black queer collective who need some money for Black Pride, so we will be doing an event for them. We are also organising a fundraising event with Hoochie, who is a collective for sex workers and strippers.
How did Tarpin Gouin come into existence?
Cix: We went to the opening of some lesbian archives, but the place was so small. There were a lot of people outside, though - dykes, lesbians, all there. We looked at each other and thought we had to do something, to do some events.
Why do you think it took so long for Marseille to get a state funded LGBTQIA centre?
Tommy: It was difficult to obtain help from institutions. There were a few tries, but with tiny spaces, but there was not a priority. In Marseille, there are a lot of associations in queer health, so the institutions felt the need was meant - health is covered, nothing more. But there is a need for social links, culture, and history.
It costs a lot to do what we do, and the previous municipality didn't want to do that. There’s been a lot of talk, and in 2022 the municipality in Marseille changed, so with their help and the state, and a lot of people around the table, we managed to open the centre in 2023.
Marseille now has a thriving LGBTQIA centre, and you’ve just witnessed the biggest dyke march in the city’s history. Do you think the city is living quite a historically important moment for the queer community?
Cix: Yeah! It was really important, there were a lot of people that were really fond of the march.
The centre is funded half by the state, half by the municipality. How do you feel about political swings that could happen?
Tommy: Honestly quite terrifying. We plan to go somewhere else to find money, partnerships and private companies. We will also take a political stance and we will do our best. If there is a political change that doesn’t go our way, there will always be volunteers - we have more than 300. We can count on our people. It was difficult to open the centre, and now we have it, it won’t go anywhere. The work we have done in two and a half years shows the big need for our community, for queer people, for homeless people. Even if we don't have a place, the idea of us exists, and people cannot remove that.
What is the next step for you?
Cix: The next step is [to work towards] more safe, inclusive spaces. All our events are queer and allies, it is important for people to be together.